temenos

Temenos et nemeton, l’enceinte sacrée

Que ce soit en grec (temenos),en latin (area sacrea) ou en celte (nemeton), ces trois mots très anciens désignent un espace naturel sacré, un sanctuaire. Ils ont toute leur place dans notre dictionnaire intérieur pour nourrir un dialogue avec la nature…

Si je ferme les yeux et que je réfléchis à quels lieux naturels sont des nemeton pour moi, me vient spontanément quelques hauts-lieux reconnus, comme la Sainte-Baume de mon enfance, mais aussi des lieux chers dans la forêt autour de ma maison…

Et vous, avez-vous spontanément une connexion à un lieu quand je mentionne cet écho au sacré dans la nature ? Est-ce un lieu complètement vierge d’occupation humaine, un haut-lieu spirituel, l’océan ou le désert ? Quels sont vos nemeton ?

Les origines du temenos

Du grec ancien, (Greek: τέμενος; plural: τεμένη, temenē), le temenos est une enceinte sacrée consacrée à une divinité, qui entoure un temple (neôs) ou un sanctuaire (appelé hieron). Il était délimité par une enceinte appelée péribole : c’était même d’ailleurs un lieu où les grecs pouvaient trouver asile !

Un lexicographe le définit ainsi :

« On appelle téménos toute espèce de lieu réservé en l’honneur de quelqu’un, un temple, un autel, un domaine attribué, soit à un dieu, soit à un roi ». 1

Par extension, il a fini par désigner un espace sacré dans les cultures antiques, que ce soit chez les égyptiens, les étrusques…

Area sacra et Nemeton

Area sacra chez les gallo-romains

L’équivalent latin était l’area sacra, l’espace sacré au sein du fanum (un temple gallo-romain, comprenant la cella – le temple sacré du dieu où on ne pénètre pas-, l’area sacra qui l’entoure et l’enceinte, qui désigne la limite de l’espace sacré). Présent dans toutes les provinces celtes, il a évolué au cours des âges, mais il était toujours un espace clos, consacré à une divinité entourant le temple de cette divinité. Le terme a pu être utilisé pour désigner des bosquets sacrés. Ces espaces ont été interdits par les empereurs chrétiens à partir du IVe siècle.

J’ai découvert du coup que c’était par opposition au fanum que s’était construit le mot profane, « pro et fanum », qui était l’espace qui n’était pas dans l’enclos sacré…

Nemeton celte

Ces temples étaient souvent construits à l’emplacement d’un lieu de culte pré-existant celte, appelé le nemeton, de nemeto, le « bois, enclos sacré ».

Et ce n’est pas tout ! Pour les cueilleurs de mots, voici une petite liste issue de wikipedia: « L’équivalent gaélique est nemed qui signifie « sacré ». En brittonique, on trouve nyfed en gallois et neved en breton au sens de « sanctuaire ». Strabon nous apprend, entre autres, que le nom du sanctuaire des Galates d’Anatolie est Drunemeton (Livre XII, I). Chez les Tchouvaches l’équivalent du nemeton est le keremet (Arbre du Monde). 2

On retrouve des nemeta dans toute l’Europe celte, notamment dans la toponymie de lieux qui vont du nord de l’Ecosse jusqu’au centre de la Turquie ! Il est d’ailleurs assez amusant que j’écrive cet article à Clermont-Ferrand, ville dont le nom vient d’Augustonemeton, le sanctuaire d’Auguste ! Le principal nemeton de Gaule aurait été situé dans la fameuse forêt des Carnutes. Il n’a jamais été localisé précisément et alimente encore bien des légendes…

On le rattache aussi à la tribu des Nemetes, qui aurait vécu autour du lac de Constance, et qui aurait eu comme déesse principale Nemetona, déesse des bosquets sacrés, dont on a trouvé des autels non seulement en Allemagne, mais aussi jusqu’en Angleterre (à Bath notamment). Elle est souvent associée à Mars.

« En grec, en latin et en celte, on désignait les bois sacrés par des noms étroitement apparentés, nemos en grec, nemus en latin, nemeton en celte. Les trois mots procèdent de la même racine indo-européenne nem qui exprime l’idée de distribuer, diviser, découper. En grec, le verbe nemô comporte de plus les acceptations de mettre à l’écart, d’isoler et aussi d’habiter, d’occuper ; ce qui correspond à la notion de bois sacré. Rappelons que Némésis était d’abord la déesse du partage entre ce qui revenait aux dieux et ce qu’ils concédaient aux hommes. En langue celtique, la racine aurait désigné le ciel et ses habitants, les dieux. Le nemeton aurait été sa projection sur la terre, le lieu de descente du divin, de la manifestation du surnaturel dans la nature. »3

Pourquoi ces mots aujourd’hui ?

Amanda Clark
Amanda Clark

« Restaurer le téménos », retrouver le sens du sacré dans la nature

C’est dans le best-seller de Toko-Pa Turner, « Belonging », que j’ai découvert ces termes pour la première fois. Pour Toko-Pa Turner, restaurer le temenos implique de rentrer dans une réciprocité avec la terre qui nous entoure. Retrouver le sens du sacré dans notre relation avec la nature dans laquelle on vit. Être capable de s’enraciner et de se connecter à la sagesse gardienne des lieux.

« La réciprocité qui rend la terre sacrée, qui fait des lieux ordinaires où nous habitons un temenos, ou un lieu sacré, exige plus que nos capacité à recevoir ses présents. Il nous faut contribuer à sa capacité à être généreuse […] – il nous faut rentrer en conversation avec le sacré dans la nature. »4

Temenos. Nemeton. Ce sont des mots qui me parlent. Quand je pense à mon jardin au bord de la rivière, c’est le sentiment qui me vient. Ce n’est pas un endroit qui m’appartient. D’une certaine façon, je lui appartiens autant qu’il m’appartient. Nous sommes entrés dans un dialogue, qui nous permet d’évoluer ensemble, au fil des saisons. Et en étendant ma capacité à écouter le sacré de cet endroit, je le perçois de plus en plus comme une enceinte sacrée, un véritable sanctuaire.

Sanctuaire pour soi

Mon nemeton, c’est le lieu où je peux me permettre d’entrer dans un dialogue sacré avec la nature. Où je sens que, jour après jour, visite après visite, se construit une complicité, comme si je m’imprégnais de la vibration de ce lieu particulier. Comme si la nature s’habituait à ma présence. Ses habitants s’y révèlent plus facilement, comme s’ils sentaient que je n’étais pas un danger. Les oiseaux viennent boire et jouer, les serpents viennent chasser, les poissons et les grenouilles émergent de l’eau, les libellules viennent danser sur ma main…

Cet espace vient refléter mes bois sacrés intérieurs, ces espaces de connexion personnelle avec le sacré en moi dans la plus grande sécurité, en communion avec le Vivant. Je n’est pas été surprise quand j’ai découvert que, chez Carl Gustva Jung, le temenos fait référence au « cercle magique » où le travail mental peut s’effectuer en sécurité (entre patient et psychologue). « Jung imaginait le temenos non seulement comme un objet ou un lieu, mais aussi comme un espace intérieur virtuel et méditatif dans lequel on peut aller à la rencontre de son âme » 5 explique l’artiste Anne Bogard, expliquant que pour lui, le mandala était à l’image de cet espace intérieur, un espace sacré pour l’observateur.

Sanctuaire pour le vivant.

Quand on prend soin d’un espace qu’on considère comme sacré, vient l’évidence de le sauvegarder, d’en prendre soin. Faire des lieux des temenos, des lieux sacrés, c’est leur rendre leur puissance, s’engager à lutter pour leur sauvegarde. Devenir des Gardien.ne.s.

Ancrer en nous ce regard tourné vers le sacré nous permet aussi d’aller à la rencontre des cultures, pour lesquelles tout est animé, particulièrement la nature. Elles peuvent nous aider à acquérir ce sentiment de connexion intime, de communion sacrée.

L’écrivain-voyageur Frédéroc Joüon des Longrai le pose ainsi : « Nous avons oublié ce que nos ancêtres appelaient un bois sacré, nous avons enfermé nos croyances dans des temples de pierre et nous n’avons plus permis à la nature d’élever notre âme que par le détour de son Créateur. Partout au Japon, il se rencontre des bois sacrés. » 5

Alors, Area sacra ? Temenos ? Nemeton ? Tant de mots pour exprimer ce lien indicible et sacré entre la nature et nous… Si temenos est le plus utilisé (notamment grâce aux travaux de Jung), je lui préfère nemeton… tout simplement car ma grand-mère avait pour nom de famille Nemeth, et que j’aime l’idée de lui rendre ainsi hommage, en créant un lien entre les bois sacrés et ma lignée !

Et si vous voulez continuer à découvrir des mots, n’hésitez pas à feuilleter la suite de mon glossaire. Temenos et nemeton font partie des mots de la topophilie, l’amour des lieux, au contraire de la topo-apathie !

Sources

1.https://www.cosmovisions.com/$Temenos.htm

2.https://fr.wikipedia.org/wiki/Nemeton

3.Jacques Brosse, L’aventure des forêt en occident

4. « The reciprocity that makes land sacred, that creates a tenemos or temple of worship in the ordinary places we live, requires more thant our receiving of its gifts. We must contribute to its ability to be generous […] – we must contribute to the conversation with the holy in nature. » Toko-pa Turner, Belonging (2017, Her Own Room Press)

5. Anne Bogart on Temenos : https://siti.org/temenos/

6. L’écrivain-voyageur Frédéroc Joüon des Longrais, cité par Florence Quentin dans son article « D’ise à Nara, le souffle des kamis » (sur le Shintoïsme), revue Inexploré, septembre 2021

Pour en savoir plus

Archéologie: les nemeta

-Carte des vestiges de fanums: https://museedupatrimoine.fr/thematique-186/fanum

https://nemitonottingham.wordpress.com/tag/nemeton/

-Plan du sanctuaire de Gournay: http://www.gournaysuraronde.com/fileadmin/Collectivites/Gournay-Sur-Aronde_60190/Documents/PDF/TourismeEtCulture/Un_enclos_sacre.pdf

-Pour une vision plus sombre des « bois sacrés » païens:

https://books.openedition.org/pcjb/330

-Article fouillé de Mathieu Poux sur l’organisation de l’espace au Sanctuaire de Corent, à côté de Clermont-Ferrand

http://www.luern.fr/articles/matthieux_poux_nord_sud.PDF

Mythologie : la déesse Nemetona

J’ai trouvé peu d’articles mentionnant le rôle et la symbolique de cette déesse très ancienne, dont le culte est attesté à travers toute l’Europe, et qui semblait liée au dieu Mars. On a retrouvé des mentions de ce culte de l’Angleterre jusqu’à Bath. On la retrouve dans des site de néo-paganisme celte.

Ainsi, pour Daughter RavynStar, « Nemetona est une déesse difficile à cerner. Elle me semble encore nébuleuse car Elle semble inextricablement liée à la terre. Elle est le bosquet sacré, et le bosquet est une émanation d’Elle. Elle est l’espace sacré, qu’il se trouve dans les arbres majestueux d’un bosquet ou simplement dans notre coeur. Elle est le souffle sacré, les sanctuaires que l’on crée, non pas avec des pierres et du mortier, mais avec notre amour et notre profonde révérence. Elle est le lien sacré entre nous et la planète vivante. Mais, dans mon esprit, différemment d’autres déités comme Gaïa, plutôt d’une façon très personnelle, intime, elle est notre lien avec la terre sur laquelle on marche, avec les arbres qui chantent autour de nous et les feuilles qui tournoient autour de nous à chaque saison. Elle est l’animation de l’espace vivant autour de nous, un rappel de créer ce qui est sacré à l’intérieur de nous et de garder cette flamme dans toutes nos errances et Voyages. Elle est le cercle et nous sommes dans Son cercle, dans cette relation avec notre environnement le plus intime et immédiat. Elle est le Tout dans chaque feuille de la plante qui vous entoure, ou les cellules de votre corps, et la personnification des cycles spirituels. Tout simplement, elle est l’espace sacré. »

« Nemetona is a difficult Goddess to wrap my mind around. She is somewhat nebulous in my mind, partially because She seems inextricably linked with the land. She is the sacred grove and it is Her. She is sacred space, whether that is found within the majestic trees of a grove or if it is held simply within one’s heart. She is holy breath, the sanctuaries we create, not out of stone and mortar, but out of love and reverence. She is a sacred link between ourselves and the living planet. But in my mind, not in an all-consuming way, such as a deity like Gaia, but in a very personal , intimate way, our link to the land our feet walk on, to the trees our ears hear singing in the wind and the leaves that season with us. She is the animation of the living space around us, a reminder to create that which is sacred within and carry it through all our trials and journeys. She is the circle unto herself and we are within Her circle, found within our relationship with our most intimate and immediate environments. She is the wholeness within each single leaf on the plant that sits beside you, or the moving cells of your body, and the embodiment of all personal spiritual cycles. Simply put, she is sacred space.” Daughter RavynStar

1 Commentaire

  1. Alix Torres
    février 17, 2026

    Petit test. 10 secondes. Pas plus.

    Ne descends pas tout de suite.

    Pense à UNE personne en qui tu as totalement confiance.

    Un seul nom.

    Tu l’as ?

    Voici ce qui est surprenant : la plupart des gens ne pensent pas à la personne la plus brillante, la plus drôle ou la plus puissante — mais à celle qui a été là dans un petit moment précis.

    Pas un grand discours.
    Pas un cadeau.
    Pas un geste spectaculaire.

    Juste une présence simple. Fiable. Répétée.

    On se souvient rarement des grandes promesses.
    On se souvient presque toujours des petites preuves.

    Si un nom t’est venu immédiatement, envoie-lui ce message avec seulement deux mots :
    “Merci pour toi.”

    Et si ce test t’a fait réfléchir — transfère cet email. Quelqu’un d’autre doit peut-être penser à la même personne. 🌩

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